L'Église Notre-Dame
de l'Assomption

Symbole de notre renaissance
Intérieur de l'église Notre-Dame de l'Assomption en 2026
Intérieur de l’église en 2026

Sur la route qui relie Champ à Neuville, un clocher-porche d'une hauteur de dix-sept mètres, dépourvu de flèche, domine aujourd'hui le village et veille sur la vallée de la Meuse. Rien, dans son élévation sobre, ne laisse deviner qu'une bonne partie de cet édifice a près de deux cents ans, qu'elle a d'abord été bâtie à quinze kilomètres de là, à Verdun, et qu'elle est la troisième église que le village se soit donnée en moins de quarante ans.

Bienvenue en l'église Notre-Dame de l'Assomption de Champneuville.

Une paroisse treize fois centenaire

L'histoire religieuse de Champneuville remonte à un évêque du VIIIe siècle, Maldavé, mort sur le territoire du village en 774 et dont Champneuville reste aujourd'hui la seule paroisse à conserver le culte. C'est depuis cette époque très ancienne que le village est placé sous le vocable de Sainte-Marie, et qu'une première église s'y élève, non loin de l'actuel ancien cimetière. Cet édifice originel n'a cependant rien d'un bâtiment figé : il est remanié à plusieurs reprises au fil des siècles, avec un chœur reconstruit au XIIIe siècle et un clocher du XIIe siècle exhaussé au XVIe. C'est cette même église, remaniée mais vieillissante, qui laisse encore, à la fin du XIXe siècle, « les crapauds entrer à travers les fissures des vieux murs », comme le décrit alors le curé du village, l'abbé Renard.

1897 : l'église d'Henri Médard

Le vœu de l'abbé Renard de voir bâtir un nouvel édifice sous le vocable de Notre-Dame de l'Assomption est exaucé en 1897, avec la construction, de l'autre côté du cimetière, d'une église néo-romane dessinée par l'architecte verdunois Henri Médard. Les chroniques de l'époque louent alors « son clocher si élégant, dominant le village et la vallée de la Meuse » et une nef pouvant accueillir cinq à six cents personnes. Cette église pleine d'espoir n'aura cependant qu'une existence brève : bombardée en 1916, à peine vingt ans après son inauguration, elle est réduite à l'état de ruines, et la reconstruction du village après-guerre conduit à renoncer à rebâtir sur le même site.

Champneuville vers 1900
Photographie vers 1900 prise en direction de l’est au niveau de la rue des Tilleuls actuelle

De Verdun à Champneuville, une chapelle voyageuse

Pour redonner un lieu de culte au village dans le cadre de la première reconstruction, la commune bénéficie d'une opportunité inattendue, rendue possible grâce au financement de la société Vandeputte. Il existait à Verdun, au cœur du petit séminaire dit « du Puty », une chapelle édifiée en 1836 pour l'évêché, désaffectée depuis la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905. En 1929, alors qu'un entrepreneur, Gaston Demenois, s'apprêtait à en récupérer les pierres, le conseil municipal de Champneuville charge son architecte, Marcel Delangle, de faire transporter l'édifice pierre par pierre jusqu'au village pour l'y reconstruire. Les journaux de l'époque ne manquent pas de souligner le caractère quasi miraculeux de l'opération, comparée à celle de la Santa Casa de Lorette « transportée par les Anges de la Palestine sur les bords de l'Adriatique ».

Arcs, colonnes, encadrements de baies — l'ensemble des éléments en pierre de taille de l'édifice actuel, à l'exception de la façade principale, est en réalité du réemploi provenant de la chapelle du Petit Séminaire de Verdun. L'église achevée conserve ainsi le plan basilical, les bas-côtés surmontés de galeries et l'abside à cinq pans de sa devancière verdunoise, ainsi que ses dimensions : 25,50 mètres de long pour 10 mètres de large sous une voûte culminant à 11,50 mètres, en faisant la plus haute voûte de la Reconstruction meusienne.

Plan du petit séminaire du Puty
Plan du petit séminaire dit « du Puty »

Ce parti pris de réemploi intégral tranche nettement avec les deux autres églises reconstruites par Marcel Delangle dans le Verdunois à la même époque : le néo-roman évoluant vers l'art déco de Bras-sur-Meuse, et l'art déco très affirmé de Vacherauville.

Chapelle du Petit Séminaire du Puty vers 1900
Photographie de la chapelle du petit séminaire du Puty vers 1900

La signature de Marcel Delangle

Restait à doter cette ancienne chapelle, dépourvue de clocher, d'un beffroi digne d'une véritable église paroissiale : dans le contexte d'une véritable « guerre de clochers » entre les paroisses reconstruites du Verdunois, il n'était pas concevable de laisser Champneuville sans le sien. Marcel Delangle dessine ainsi une façade occidentale et un clocher-porche inédits, surmontés à l'origine d'une flèche quasi pyramidale, ainsi que l'autel en pierre de l'édifice. Le style retenu, qualifié de « médiéval » et annonciateur de l'Art déco naissant, tranche avec les lignes plus franchement affirmées de Bras-sur-Meuse et Vacherauville.

L'édifice mêle en réalité trois vocabulaires bien distincts. Le registre néo-classique se lit dans les doubles colonnes corinthiennes de la nef, les arcs surbaissés qui soutiennent les tribunes, et les quinze grandes baies, en plein cintre et circulaires, qui éclairent l'ensemble de l'église. Le registre néogothique, hérité lui aussi de la chapelle du Puty, se retrouve dans les arcs et voûtes en ogives de la nef et du chœur, un vocabulaire repris jusque dans le dessin des consoles en pierre, du confessionnal, de la balustrade de la tribune et de l'autel. Le registre néo-roman, enfin, s'exprime dans les arcs du triforium qui orne les tribunes nord et sud.

Élévation et coupe du projet de reconstruction de l'église
Élévation et coupe du projet de reconstruction de l’église de Champneuville (M. Delangle, 1929)

Une équipe d'artistes du début du XXe siècle

Trois cloches en bronze, pesant ensemble 1 200 kg, viennent équiper le nouveau clocher : Anatole-Jeanne (600 kg), qui « sonne pour nos enfants morts au champ d'honneur » ; Julienne-Eugénie (400 kg), qui « sonne pour nos héroïques défenseurs » ; et Léonie-Élisabeth (200 kg), qui « sonne la résurrection du village détruit pendant la guerre de 1914-1918 ».

L'église est inaugurée le 11 octobre 1931. Son financement permet également d'aménager l'intérieur de l'édifice grâce à un transfert de budget initialement destiné au presbytère du village : ce bâtiment, bien réel et toujours debout aujourd'hui, n'accueillera cependant jamais de curé résident, celui de Champneuville étant en réalité le curé de Bras. C'est ce report de budget qui permet de compléter l'église de fonts baptismaux et de confier, en 1933, la décoration du chœur au peintre Lucien Lantier, qui y peint une Assomption de la Vierge en majesté, dans une mandorle d'or entourée d'anges, à qui l'artiste donne les traits de son épouse, Renée Quentin. Les vitraux du chœur sont quant à eux réalisés par le maître-verrier Benoît, financés par les paroissiens eux-mêmes, comme en témoignent aujourd'hui encore les noms de leurs dédicataires, tandis que le sculpteur Dante Donzelli intervient plus tard sur un bas-relief sculpté rappelant la légende de Saint-Maldavé.

Une flèche en attente

En 2008, le maire Daniel Lefort, l'ancien maire Jean-Marc Lanher et l'adjoint Daniel Dubaux constatent avec inquiétude que la charpente de la flèche menace ruine. Celle-ci est démontée par précaution en 2009 et attend, depuis, sa reconstruction. L'église a ainsi, sans le vouloir, retrouvé la silhouette de son modèle d'origine : la chapelle du Petit Séminaire de Verdun, qui jouxtait autrefois une autre église et ne possédait pas, elle non plus, de clocher propre.

L'église avant 2009
L’église avant 2009, depuis la flèche a été démontée.

Une église qui rythme encore la vie du village

Malgré l'absence de curé résident et un rattachement aujourd'hui à la paroisse Saint-Vanne-en-Verdunois, l'église continue de rythmer la vie de Champ et de Neuville. Trois messes annuelles y sont traditionnellement célébrées, autour desquelles peuvent s'organiser baptêmes, mariages et obsèques : celle de la Trinité, fin mai ou début juin ; celle de l'Assomption de la Vierge, à qui l'édifice est dédié, à la mi-août ; et celle de la Saint-Maldavé, autour du 4 octobre, en mémoire du saint évêque auquel la paroisse doit ses origines. Un calendrier immuable qui continue, chaque année, de réunir les habitants du village autour de leur unique édifice cultuel, comme un fil ténu reliant le Champneuville d'aujourd'hui à treize siècles d'histoire religieuse.

Un lieu de culture depuis 2023

Concert de l'harmonie municipale de Thierville en 2024
Concert de l’harmonie municipale de Thierville en 2024

Depuis 2023, l'église s'anime cependant d'une vocation nouvelle. La reconnaissance grandissante de l'architecture de la première reconstruction, longtemps circonscrite au strict périmètre du champ de bataille de Verdun et portée par l'inscription au titre des monuments historiques des chapelles-abris qui le jalonnent, a fait émerger un intérêt inédit pour ce patrimoine néo-régionaliste unique, dont Champneuville est l'un des témoins les plus singuliers.

L'église accueille ainsi désormais des visites architecturales, des expositions et des concerts symphoniques et polyphoniques, portés par une acoustique remarquable et une capacité d'accueil rare pour un édifice de cette taille : un grand volume libre de plus de cent cinquante places assises, complété d'espaces de déambulation propices aux expositions. Devenue un véritable lieu de culture, l'église conjugue désormais sa vocation historique à une évolution rendue nécessaire par un siècle de déclin de la pratique religieuse, avec le souci de rendre accessible au plus grand nombre ce patrimoine commun.

Un témoin de la résilience du village

Bâtiment du XIXe siècle démonté pierre par pierre à Verdun puis remonté à Champneuville, l'église Notre-Dame de l'Assomption est une œuvre étrange et singulière, qui concentre le travail de grands artistes de la première moitié du XXe siècle : l'architecte Marcel Delangle, le peintre Lucien Lantier, le maître-verrier Benoît et le sculpteur Dante Donzelli. Ce patrimoine unique témoigne à lui seul de la résilience d'un village qui a vu, en moins de quarante ans, trois églises se succéder : une du VIIIe siècle sans cesse remaniée, une du XIXe siècle pleine d'espoir, bâtie peu de temps avant l'enfer de Verdun, et une du début du XXe siècle où l'art se veut novateur tout en restant sobre. Un symbole bien moderne, né du XXe siècle, mais témoignant d'une histoire multiséculaire — une pierre de plus apportée à l'édifice que Champneuville continue d'écrire, celui d'un paysage culturel et vivant.

L'église lors de l'exposition Re-Génération Champneuvilloise en 2025
L’église en 2025 lors de l’exposition « Re-Génération Champneuvilloise »

Article rédigé d'après l'ouvrage de Colette Méchin « Histoire & histoires de Champneuville », l'ouvrage collectif Flohic, « Le patrimoine des communes de la Meuse » (1999), les mémoires de fin d'études de Quentin Lanjscek (ENSA Nancy), « 1921-1931 : la première reconstruction au nord de Verdun » et « Émile et Marcel Delangle, 1919-1939 : vision évolutive de l'architecture pour le relèvement de la Meuse », les archives communales et départementales de la Meuse, les archives de l'Inventaire général du patrimoine culturel de Lorraine, ainsi que témoignages d’Huguette Lombard et Jacqueline Urvoy.